Mes premiers pas au Pink Paradise

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C’est dans l’univers feutré du Pink Paradise à Paris que tout a commençé. Atmosphère glamour, moquette rose tigrée, des danseuses superbes venant du monde entier, une ambiance  »bon enfant »… Les jeux de jambes hypnotisants, les parfums qui se mélangent, la scène devant laquelle les clients peuvent apprécier des danses toute la nuit durant… L’exaltation des sens à son paroxysme, j’ai rapidement senti que je m’y sentirais à l’aise pour faire mes premiers pas dans le strip-tease.

 

Je passais mon audition un samedi soir et je commençais le lundi suivant. Dress-code exigée, vêtue d’une robe longue noire, bientôt vingt-deux heures et une touche de parfum plus tard, j’étais lâchée dans l’arène. Sortir de la loge pour descendre les escaliers jusqu’a à la salle principale me paru aussi merveilleux qu’effrayant; je me demandais ce que je faisais là et pourtant je n’avais qu’une envie, vivre cette aventure! Il y avait quelques clients assis dans les fauteuils, les shows avaient déjà commençé, les danseuses au bar sirotaient une boisson avec ou sans alcool. La soirée commençait gentillement, j’en profitais pour m’installer à côté d’une danseuse et prendre quelques informations sur les rouages du métier. Il y a des règles tacites à connaître, notamment celle du respect et de l’harmonie entre les danseuses; l’entente, la complicité est primordiale, c’est elle qui donne le la à l’ambiance. C’est bien vrai, je ne sais pas si c’est propre aux danseuses, mais j’avais remarqué que ces femmes, lorqu’elles s’apprécient deviennent très tactiles et se touchent très librement; que ce soit leur chevelure, leur corps, leur robe, bijoux,  tout est une occasion pour être dans le lien au corps et c’est très agréable à voir. Au bar, la danseuse finit en m’avertissant qu’il est primordial d’observer la clientèle ainsi que le va et vient des danseuses pour comprendre l’ordre des choses; il faut aborder au bon moment et identifier le potentiel du client dans le meilleur délai…

Pour la première fois, je tournais mon siège vers la salle pour observer qui serait mon premier client. C’est ainsi que je comprenais le concept ; il fallait déguiser l’approche commerciale en opération séduction. Jouer de ses charmes, porter un certain intérêt au client et rester attentive à son discours et à son attitude.

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C’est alors que j’ai aperçu ce client, seul, la cinquantaine, plutôt chic, discret. J’étais assise depuis trop longtemps, j’hésitais à tous les coups, je me posais une multitude de questions inutiles, bref il fallait entrer au coeur de l’action. Je me suis levée et me suis assise à ses côtés avec un grand sourire. Ce dont je me souviens, c’est de sa courtoisie, j’avais très bien choisi, le courant passait. Si bien qu’il me proposa ma première danse de table. La première fois que j’avais entendu ce terme, j’ai bien cru que la danseuse devait danser sur la table du client, mais ça m’a vite paru absurde et j’ai fini par comprendre qu’elle était autrement appelée  »Lap Dance »; on danse pour le client qui est assis à sa table, seul ou accompagné. Cela dure le temps d’une chanson pendant laquelle la danseuse retire son soutien gorge. Chaque danse est différente, surtout pour celles qui y  »mettent du coeur », la sensualité et même la sexualité ne valent rien sans le jeu de séduction. Lorsque la danse parait robotisée ou que la danseuse regarde ailleurs, c’est toute la magie qui disparait. Ce moment très érotisé, se fait proche du client, assise, debout, au sol, chacune y va de ses envies. C’est l’orsque client m’a donné son ticket pour recevoir sa danse que je réalisais que je n’en avais jamais vu et que je n’avais aucune idée de comment m’y prendre. Je me souviens avoir davantage dansé avec la table et le sol qu’avec le client, je sentais les regards sur  »la nouvelle » et la manager qui me regardait d’un air  »mais qu’est-ce que tu fous »… Je terminais ma danse transpirante, le client ravit m’emmenait en salon VIP une petite demie-heure plus tard pour un strip-tease intégral de vingt minutes. Le salon privé, plutôt étroit occupé par trois canapés en forme de u, contenait une jolie barre de pole dance, lumineuse, juchée sur un petit podium. La musique y était différente, plus douce, plus sensuelle. On m’annonçait qu’au bout de vingt minutes on viendrait nous informer du temps écoulé, puis le rideau s’est refermé et j’ai pris le temps d’apprivoiser l’espace en montant à la barre. Que pouvais-je bien faire comme danse, poses, transitions pour occuper l’espace et produire un strip-tease de qualité. Pas loin d’être encore envahie par les questions, j’ai rapidement repris le contact avec le client et l’ambiance était repartie. Il se crée un lien particulier avec chaque personne; on ne se connait pas ou si peu tandis que l’on échange pendant un moment des émotions liées à ce qu’il y a de plus intime, puissant et instinctif. Entre réalité et fiction, certains regards paraissent être des promesses et la gestuelle un aveu de plus sur la charge érotique de l’instant. Je dansais et retirais mes vêtements avec précision, en essayant de m’accorder au bon angle, au bon moment. J’avais regardé avec amusement des vidéos sur de l’art de l’effeuillage et comment ôter chaque vêtement avec élégance. Je suggérais et m’amusais avec l’obscurité de la pièce, chaque morceau de peau dévoilé me donnait un sentiment de liberté. J’étais un peu sur la réserve, mais je m’étais sentie très à l’aise et le client repartait avec un grand sourire. Je pensais que la nudité aurait pu m’être déplaisante mais en réalité, j’avais perdu ma pudeur en paticipant à des événements artistiques avec d’autres danseurs; tout le monde se dénude dans la même loge, hommes et femmes ensemble et il n’y a pas une seconde à perdre pour changer de costume. Mon corps était bel et bien devenu mon outil de travail, ma matière première, une des raisons entres autres qui m’avait amené jusqu’ici. J’étais prête à recommencer, à m’améliorer et à développer ma créativité.

Et puis il y a eu le Dj qui m’a appelé à monter sur scène.  Comme le nom de scène Sophie était pris par une danseuse, j’avais choisi le prénom Jade. Je n’avais seulement que trois chansons devant moi pour m’échauffer et me préparer à faire mes premiers pas devant ce nouveau public. Je rejoignais la scène, la danseuse me prenant la main pour m’y accueillir, je cessais mes éternels questionnements et mettait du coeur à l’ouvrage pour occuper dix minutes avec émotion et sensualité. Je faisais connaissance avec l’étroitesse de la scène, la surface trop lisse du verre et la barre glissante. Il fallait être prudente, cela n’avait rien à avoir avec l’espace et le comfort de mon studio. Je prêtais attention à mon audience,  esquissais des sourires de joie et suivais mon inspiration. Trois chansons plus tard, j’accueillais à mon tour de la main la danseuse suivante.  Transpirante, je remontais me rafraichir dans les loges. Lingettes, parfum, déodorant, maquillage, il fallait toujours être fraîche et apprêtée. Une fois ma toilette terminée, plus à l’aise, plus dans le jeu, je redescendais les escaliers et prenais ma place dans le bal des danseuses jusqu’au petit matin cinq heures.